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Michel Chapdelaine, concepteur de la CRÉATION EN DIRECT© et de ses techniques de jeu, a été formé à l’École Nationale de Théâtre du Canada, au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris sous la direction d’Antoine Vitez et a travaillé à Paris sous la direction d’Andréas Voutsinas, ex-assistant de Lee Strasberg à l’Actor’s Studio de New-York.

Après avoir été comédien professionnel à Toronto, Paris et Montréal, il signe des mises en scène dans lesquelles il a dirigé de nombreux comédiens dont Paul Buissonneau, Gérard Poirier, Jeanine Sutto, Gilles Pelletier, Elisabeth Schouvalidzé, Daniel Lemire…Devenu directeur artistique des Productions Cinéspec inc., il organise à Montréal les événements théâtraux TCHÉKHOV 94, IONESCO 95 et DON QUICHOTTE 97.

Mais sa passion reste, depuis près de 25 ans, la formation des acteurs par le biais de ses techniques de travail qui le conduiront au concept de CRÉATION EN DIRECT©.

"…La CRÉATION EN DIRECT pourrait bien s'incarner dans le circuit du théâtre Montréalais…", Michel Vaïs, Cahiers de théâtre JEU #103.


Stephanie ValoisStéphanie Valois, Comédienne-Chanteuse-Danseuse. Suite à l’obtention de son BAC en en art dramatique en décembre 2001 à l’UQAM, elle participe au tournage de "GAZ BAR BLUES" de Louis Bélanger et fait ses débuts sur la scène professionnelle à la salle Fred Barry du Théâtre Denise Pelletier avec le spectacle « Thé, sucre et amertume » mis en scène par Éric Jean. Artiste multidisciplinaire, elle poursuit actuellement une formation spécialisée en Création en direct avec Michel Chapdelaine, ce qui lui apparaît comme un médium d’expression privilégié pour la création et qui lui permet d’intégrer ses différents acquis au profit de cette démarche artistique inédite.

Pierre-Jean PetersPierre-Jean Peters, passionné de théâtre depuis l'âge de 13 ans, a cheminé comme autodidacte d'un directeur d'acteur et metteur en scène à l'autre, aussi bien en France qu'au Québec.

Trois rencontres ont profondément influencé sa formation : Serge Ouaknine (Grotowsky-UQAM Montréal), Sandra Mladenovidch (Théâtre du mouvement de Jacques Lecoq-Paris), Michel Chapdelaine (Actor's Studio-Vitez-Montréal).

Polyvalent, il multiplie les expériences professionnelles à Paris et à Montréal. D'abord au théâtre avec notamment E. Ionesco (Jeu de massacre), Shakespeare (Henri VI), M. De Ghelderode (Don Juan), Feydeau (L'Homme de paille).

Il a travaillé en radio-théâtre et comme lecteur de nouvelles (Radio-Canada), joue dans plusieurs courts-métrages dont le dernier : " Projet Gamma " de David Sarrio. Depuis l'an 2000, il travaille aussi en Corse où il a fait la rencontre de Robin Renucci lors des 3èmes rencontres internationales de théâtre : il y jouera Pascal Paoli et prépare pour 2004, avec la compagnie AOC, la création de Jean-luc Casanova : Heresia.

Actuellement il poursuit à Montréal avec Michel Chapdelaine le projet CRÉATION EN DIRECT© qui fut joué devant public pour la première fois en septembre 2002.

"…C'est une découverte.…", Francine Grimaldi, Radio-Canada.


Joel SavoieJoël Savoie a étudié au Conservatoire Lasalle puis à l’École Supérieure de Théâtre du Québec (Département de Théâtre de l’UQAM). Comédien, chanteur et concepteur de séries télévisées pour ados dont BENJOE ET LES SALES MOQUETTES, il poursuit depuis trois ans sa formation avec Michel Chapdelaine pour devenir en 2002 le premier comédien professionnel à se produire en public avec le concept de CRÉATION EN DIRECT©. Il a immédiatement droit à un article dans le dossier OSER de Cahiers de théâtre JEU #103 :

"…Tout naturellement, sans le moindre cabotinage…un comédien en pleine possession de ses moyens…à la fois vulnérable et maître du jeu, Savoie demeurait à l’écoute d’un flot de créativité qu’il chevauchait avec assurance…", Michel Vaïs.


Michel Chapdelaine

J'ai fréquenté trois écoles de théâtre (trois écoles de pensée à la base du théâtre occidental: l'approche stanislavskienne, l'approche brechtienne et la méthode de l'Actor's Studio) non pas pour devenir comédien mais dans le but de bien saisir de l'intérieur le travail de l'acteur parce que j'aspirais à devenir directeur d'acteurs. Ces influences ont été déterminantes dans ma façon de diriger l'acteur interprète. Mais il me semblait que l'acteur interprète n'allait pas au bout de son potentiel créateur.

En rentrant à Montréal après trois ans et demie d'une étonnante aventure théâtrale à Paris, j'ai décidé d'offrir des ateliers pour acteurs professionnels intitulés " La création par l'imaginaire ". Ce travail passionnant m'a entraîné sur une voie inattendue : la CRÉATION EN DIRECT©.

En effet, plus j'avançais, plus je me rendais compte du formidable potentiel créateur des acteurs. Je découvrais aussi que pour que ce potentiel atteigne son maximum, il me fallait délaisser les voies connues, ce que j'avais appris, et que chaque acteur-créateur avait une voie unique que je me devais de saisir et de suivre. Cette prise de conscience n'avait en soi rien de bien révolutionnaire mais dès lors, je m'engageai sur une piste complètement inconnue pour découvrir que chaque acteur-créateur fonctionnait inconsciemment d'après les lois de la structure dramatique inhérente, cette faculté qui allie force et unicité dans le travail créateur de l'acteur. Cependant, il ne suffit pas de savoir la voie à suivre, il faut l'explorer cette voie qui prend plus souvent l'allure de sentiers non battus que de voies rapides.

Voilà, près de vingt-cinq ans ont passé et après une route parsemée d'embûches et de moments d'extase avec de nombreux comédiens et en particulier avec la précieuse rencontre des comédiens-nes Stéphanie Valois, Pierre-Jean Peters et Joël Savoie, j'ai réalisé en 2002-2003 un vieux rêve en permettant à ces trois acteurs-créateurs d'exécuter la CRÉATION EN DIRECT© devant public lors de cinq expériences laboratoires. Les résultats ont été plus que satisfaisants et les spectateurs, incrédules au départ, ont reconnu la force et l'originalité de cette démarche artistique.

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La CRÉATION EN DIRECT© propose une aventure théâtrale simple qui vise à redonner à l'acteur son plein pouvoir créateur, le libérant de l'auteur et du metteur en scène et ramenant le théâtre à l'essentiel : un acteur, un espace de jeu, un public.
La CRÉATION EN DIRECT© revisite l'acte théâtral jusqu'à son retranchement ultime : la structure dramatique inhérente.

L'élaboration d'un nouveau langage théâtral est inévitable.
l'acteur devient l'acteur-créateur;
l'espace vide devient l'espace plein;
la quête de l'instant présent toujours en fuite dans le passé ou le futur devient le fondement du temps dramatique;
la scénographie absente (décor, costume, maquillage, accessoire, éclairage) entraîne l'acteur et le spectateur dans le virtuel;
la concentration de l'acteur n'est plus un vague principe mais le développement d'un centre précis de son instrument d'où jaillit souffle, son, geste, personnages, action dramatique : le tout étonnamment orchestré par une prodigieuse faculté : la structure dramatique inhérente.
Cette dernière étant unique à chaque acteur, cela exige une observation délicate, une présence sans faille et un profond respect de l'univers créateur de chaque acteur.

L'acteur-créateur est amené à créer sans thème de départ et sans idée préconçue, en état de surconscience où il est témoin de ce qui lui arrive sans pour autant nuire à ce qui lui arrive. Il a le loisir d'intervenir à tout moment par la distanciation pour commenter, ironiser, contester ce qui lui arrive et aussitôt se replonger dans sa lancée créatrice : les moments se succèdent tantôt dramatiques, tantôt comiques, tantôt tragiques et l'acteur s'en étonne en même temps que le spectateur. Et chaque soir, un nouveau spectacle, une nouvelle création dramatique.

Le critique appelle ça du théâtre à risque ou théâtre du danger, pourquoi pas du théâtre extrême comme il y a le sport extrême. Comme un athlète, l'acteur-créateur doit se soumettre à un entraînement particulier avant d'oser affronter le public. Alors le danger a déjà été apprivoisé et comme dit aussi le critique Michel Vaïs : "Il reste de l'expérience l'assurance d'avoir vu un comédien en pleine possession de ses moyens…un flot de créativité qu'il chevauchait avec assurance...".


Stéphanie Valois

Je me souviens lorsque j’étudiais en musique et en danse au Cégep, ce que mon professeur de piano m’avait dit : "Stéphanie, tu ne pourras pas toujours tout faire, il faudra un jour que tu te décides… soit le piano, soit la danse !" J’ai fini de l’assommer quand je lui ai dit que je lâchais tout et que je me lançais en théâtre !

Et ce n’était là que le début de l’aventure… Mais quoi? J’ai toujours été attirée par les arts : les couleurs, les lignes, les volumes, les textures, les sensations, les agencements, les sonorités, les dynamiques, l’équilibre, la structure etc. J’avais simplement une curiosité, une soif de beauté qui me guidait d’une discipline artistique à l’autre, en quête du sublime.

Bien sûr, la rencontre de Michel Chapdelaine a été déterminante en ce qui concerne ma démarche de créatrice. Il m’a d’abord dirigé pour des auditions et à la croisée des chemins, je fais partie du premier groupe lorsqu’il recommence à donner ces fameux cours " CRÉATION PAR L’IMAGINAIRE ". Il en parlait d’une étrange façon et je savais en commençant ce processus que ça allait être quelque chose. Un genre d’ultimatum pour moi-même, une quête sans fin avec des trésors et des brigands, une voie où on repousse les limites du possible en trouvant petit à petit, une liberté insoupçonnée. C’est cela qui a donné naissance à la CRÉATION EN DIRECT.

Les cours de groupe faisant place aux stages individuels, la démarche se personnalise, s’approfondie. Joël Savoie et Pierre-Jean Peters m’ouvrent bientôt la voie vers les manifestations publiques et le 26 septembre 2003 Cric, crac, bang ! je casse la glace à mon tour devant les spectateurs.

Je crois que c’est là le point de départ d’une quête légitime.
Que sera la CRÉATION EN DIRECT dans 10 ans ? Dans 20 ans ? Dans 50 ans ? Je ne sais pas… Aujourd’hui, ce médium d’expression privilégié me permet à la fois d’intégrer les différents acquis artistiques, de les déconstruire et de me les réapproprier au profit d’une expression renouvelée. Le reste appartient au public… Aura-t-il l’audace de prendre le risque avec nous ?

Photo: Sylvie Talbot
Pierre-Jean Peters

Le début

Voici l'histoire d'une aventure qui a commencé par un besoin urgent de répondre à la question : de quelle manière le théâtre peut-il donner un sens à ma vie. Un besoin aussi de déchirer le "voile des apparences", d'aller au-delà de ce que j'avais déjà joué, expérimenté, ressenti sur une scène. Une urgence d'insuffler à ma pratique théâtrale une nouvelle voie, une nouvelle vie.

Arrivé seul au Québec au milieu de nulle part, désirant ardemment donner un sens à ma vie artistique qui n'en était alors qu'à ses balbutiements, je cherchais...
Je cherchais quelque chose d'indéfinissable pour moi à l'époque : un élan ou plutôt une façon de se libérer totalement des stéréotypes et des contraintes qu'une certaine manière de faire ce métier nous impose malgré nous.

Pour cheminer tout au long de cette voie étroite, j'eus la chance de faire, en la personne de Michel Chapdelaine, une rencontre aussi passionnante que déterminante.
On finit toujours, dit-on, par trouver ce qu'on cherche. J'avais trouvé quelqu'un sur mon chemin, quelqu'un avec qui partager mes interrogations. Un formateur autant qu'un créateur. Une solide et confiante collaboration allait pouvoir naître car pour la première fois dans ma vie, c'est un homme simple que j'avais rencontré. Un homme de théâtre aux visions justes et éclairées sur l'art de la scène. Pas un mentor qu'on idolâtre en épuisant sa doctrine ou un "totem théâtral" qu'on vénère et que l'on suit aveuglément jusqu'à s'oublier soi-même.

Le besoin de s'identifier souvent nous fait confondre l'homme avec sa fonction. Ce dont j'avais vraiment besoin c'était de partager à égalité avec un artiste ouvert et non pas avec un "père du théâtre à qui l'on doit tout".

J'ai participé à ses ateliers Tchékhov et compris son approche formidable de l'acteur et de l'interprétation inconnue pour moi jusqu'à présent. Puis sa vision d'Eugène Ionesco et sa passion pour Don Quichotte. Dès lors, je me demandais ce qu'il allait bien pouvoir faire dorénavant. Je fis une pause en Europe pour retrouver ma culture et ses opportunités professionnelles.

Puis un jour Michel m'appela et me fit part de sa nouvelle recherche : la Création en Direct. Il m'invitait de nouveau à le rejoindre et à me faire violence car, disait-il, on n'obtient rien de grand et de nouveau dans l'art de la scène sans se confronter au difficile travail de l'engagement et du risque. Voilà donc quelle était sa vision, son point de départ. Il me confiait la matrice dans laquelle l'acteur-créateur serait face à lui-même. Je me souviens qu'à ses mots, une puissante énergie révélatrice m'a saisi. J'avais senti son processus.

Déjà quelques groupes de travail se formaient. Je m'y joignis fiévreusement et tout se confirma. Michel, tel un savant silencieux, expérimentait instant par instant ses intuitions fondamentales, observait simplement, avec méthode "ce qui arrivait" à chacun des acteurs seuls en scène. Il guettait le "lâcher-prise", la détente absolue qui permettrait à l'acteur en danger de faire naître un ou des moments de théâtre uniques. Malgré mes doutes et mes attentes, un profond travail se confirmait. J'avais réalisé de manière fulgurante ce que signifie être véritablement libre dans l'espace plein.

Et cette surprenante possibilité à mes yeux ne pouvait arriver qu'à la condition que l'acteur "arrête de jouer". Qu'il fasse totalement confiance à sa structure dramatique inhérente (notion mise de l'avant par M.Chapdelaine et dont il dit qu'elle est présente chez n'importe quel individu). Je lui fis remarquer à quel point sa démarche s'apparentait par moment à la recherche fondamentale. L'espace vide n'était plus un gouffre qui terrifie et désoriente les acteurs. De ce néant, disait Michel, pouvait apparaître la matière créatrice dans laquelle l'acteur, maître de lui, serait capable de tous les possibles. Et cela sans costumes, sans accessoires, sans décors, sans textes, ni préméditation aucune. Sans rien.

Premiers pas vers le public, automne 2002

Ces possibles devinrent réalité quand pour la première fois le public assista à la création en direct. J'étais enfin proche de basculer dans ce risque. Trois longues années de recherche, de disponibilité du corps et des outils de l'acteur m'avaient convaincu que j'étais prêt. Ressemblant au cosmonaute flottant en orbite, mon voyage vers "l'inconnu spatial" pouvait commencer. J'étais calme et détendu dans ma petite coulisse, préparé comme une bombe vivante prête à se fragmenter. Le public, petit à petit, prenait place dans cette salle qui ressemblait à un laboratoire. Dès qu'elle fut remplie, je la traversai et regardai une dernière fois les spectateurs du coin de l'oeil. Les dés étaient jetés. Il fallait y aller.

Dès mon entrée sur la scène, cette dernière fut remplie instantanément, et je fis peu à peu apparaître la matière au public. Le vide avait été franchi, le voyage pouvait continuer. Cet extraordinaire espace plein était désormais mon terrain de jeu. Ces premiers pas en spectacle, dans ces zones, furent pareils à ceux que fait un enfant en découvrant le monde. De la magie au sens exact du mot. J'ai fait apparaître et disparaître nombre d'objets, formes, niveaux, sons, bruits, personnages réalistes ou fantasmagoriques, animaux ou créatures cauchemardesques. Matières brutes et éléments : eau, feu, pierre, glace, terre, pluie, vent, etc...Quel terrain de jeu fantastique j'avais tout d'un coup dans ma main. Quelles portes immenses s'ouvraient à mes pulsions. Des territoires immenses, des visions hallucinantes étaient à ma portée : tous les drames, les tragi-comédies humaines, toute l'histoire de l'humanité et aussi son avenir futuriste.

Tout le théâtre était là, toutes les choses phénoménales, impossibles. Tout prenait corps, tout prenait chair, tout était vivant. Vivant comme le rêve, vivant comme chaque molécule de l'univers. Chaque instant battait au rythme de mon métabolisme travaillant dans un espace temps. Et tout cela émettait des vibrations, des ondes qui bousculèrent de leur impact l'imagination du public. Ravissant les uns, déboussolant les autres. Les sens du public étaient mis à rude épreuve. Ses émotions aussi. Beaucoup le vécurent d'ailleurs comme une expérience au-delà du spectacle.
On pourrait s'imaginer à cette lecture que le public fut perdu. Pas du tout. Il voyait toute la cohérence d'un travail rendu libre : les personnages et leur psychologie, la ligne dramatique, les enjeux et rebondissements des actions, les univers multiformes, le drame, la comédie, l'absurdité et les mystères d'un monde, les niveaux de langage devenus par moment métalangage.

La beauté fragile du vivant.

Photo: Lousnak
Joël Savoie

Au début de cette expérience avec l’initiateur de ce projet (Michel), nous étions quatre comédiens qui ne se connaissaient pas, mais qui avaient comme objectif de se perfectionner au niveau du jeu de l’acteur. Finalement, cette expérience s’est avérée plus qu’un simple perfectionnement, mais plutôt comme une découverte de tout mon univers créateur grâce auquel je me sentais revivre. À chaque séance d’atelier, on jouait devant les autres participants à tour de rôle en intégrant la nouvelle matière explorée dans la journée. Je me rappellerai toujours de la hâte que j’avais à vouloir moi aussi jouer dans cet espace sacré avec l’engouement irrespectueux de l’enfant qui désire jouer dans son carré de sable. Le simple fait de regarder les autres avancer me stimulait énormément, de les voir de plus en plus libres dans l’espace me donnait à moi-même des ailes pour mon travail: ensemble, nous avancions tous dans ce sentiment d’accomplissement, de fascination, d’authenticité et de confiance.

Au cours des trois années qui suivirent, je fis appel au service de Michel sous différents aspects de la création: enseignement, écriture de chansons, poésies et scénarios d’émission pour ados. Mais tous ces médiums d’expression, nous ramenait toujours qu’on le veuille ou non à nos premières amours: la CRÉATION EN DIRECT© (qui, à cette époque, ne portait pas encore ce nom). Quand tu as goûté une fois à ce sentiment de liberté, d’inventivité et de vraie relation avec l’espace, il est difficile de trouver mieux après. C’est alors que Michel me proposa de cheminer en solo dans ce concept. Donc la CRÉATION EN DIRECT© n’avait pas encore dit ni son premier ni son dernier mot.

Puis la question s’est posée : était-il possible de faire partager ces moments de magie uniques au public? Ce qui nous amena à une nouvelle étape de ce processus, celle du laboratoire public.

J’étais véritablement le premier comédien professionnel à accepter la proposition de Michel et à oser affronter le public avec ce nouveau concept théâtral. Du courage, cela m’en a pris pour franchir cette étape, car le simple fait d’avoir à initier le public à une manifestation méconnue me donnait énormément de pression; on le sait bien, les nouveautés théâtrales peuvent déranger ou même déplaire à un public qui n’a souvent comme référence que le théâtre conventionnel. Puis cela me faisait prendre encore plus conscience du risque que je prenais et qui me ramenait sans cesse à l’impression de gouffre: n’avoir aucune idée préconçue, aucun thème de départ, n’avoir ni texte, ni décor et ni durée de temps à laquelle s’accrocher, la sensation de perdre tous ses moyens et la peur de se planter en direct devant public. Même si j’étais bien formé pour ce type de travail dans l’espace plein et que cela m’avait toujours transporté dans de grandes sphères créatrices, il n’en demeurait pas moins que c’était le plus grand défi artistique de ma jeune carrière.

Convaincre un public de la portée d’un tel travail était une chose; se convaincre soi-même que c’était possible en était une autre. J’étais laissé seul à moi-même! Oui! Même d’en parler me donne encore la frisson. Le fameux soir de la première, j’étais sous l’effet monstre de l’adrénaline: stress, chaleurs, tensions et peur étaient au rendez-vous. Rien à voir avec les répétitions habituelles. Après qu’on m’eut présenté, il était trop tard pour reculer. Mon heure avait sonné! Je me sentais comme un enfant qui fait ses premiers pas dans le monde des géants. Je me présente dans l’aire de jeu, ne me préoccupant que d’une seule chose : trouver la matière créatrice qui se cache dans l’espace plein. Je m’y acharnais tellement et j’y mettais tellement de volonté que j’avais l’impression qu’elle s’était cachée ailleurs que sur scène. Cauchemar, chaleurs intenses, frissons glacés; l’espace plein côtoyé depuis trois ans était redevenu...Vide!

Mais, heureusement, une porte s’ouvrit. Elle m’amena dans un monde étrange, dans des zones inconnues. J’étais à la fois conscient du public, mais à la fois hors de contrôle. L’ inconscient livrant ainsi bataille au cérébral et ce dernier voulant absolument sauver les meubles et contrôler l’organisation en cours : la structure inhérente. Lequel l’emporta, l’inconscient ou la raison? Aucun des deux. Ils s’unirent ensemble pour ne former qu’un : j’étais devenu un monstre à deux têtes. Ces deux personnages inattendus s’avérèrent les premiers à se manifester : la CRÉATION EN DIRECT© devant public était née! La glace était finalement cassée! Envahi d’eczéma grimpant, je continuai mon apprentissage devant public durant les quatre semaines qui suivirent, sachant très bien que chaque spectacle n’était jamais gagné d’avance. Mais pourquoi m’entêter à continuer malgré la peur de me planter ou de me faire juger par les autres? Étais-je masochiste ou un kamikaze à la recherche de sensations fortes? Non! J’étais simplement un artiste à la recherche d’un nouveau défi qui me permettrait de perfectionner mon art, tout en repoussant mes limites personnelles : prendre le taureau par les cornes afin qu’il fasse la belle et donne la patte à son maître; en d’autres mots, le dompter une fois pour toute!

Malgré mon insécurité d’avant spectacle, il n’en restait pas moins qu’après chaque représentation, je me sentais comme un héros qui aurait vaincu un monstre invincible. Cette discipline encore méconnue du public reste pour moi la plus difficile, mais la plus stimulante au niveau artistique et au niveau de l’assurance que cela me procure sur scène et dans ma vie. Je me sens vivant! L’instant présent que je savourais ou détestais sur scène était bien réel aux yeux du public. La structure dramatique inhérente qui me guidait dans cette aire de jeu fonctionnait! Elle pouvait m’amener très, très loin, dans des lieux insoupçonnés ou dans des personnages cachés dans la matière créatrice qui n’auraient probablement jamais vu le jour autrement. En bref, il m’était maintenant possible de laisser libre cours à toutes mes intuitions créatrices d’acteur tout en étant au service de la structure dramatique inhérente (ex : immoler une chèvre qui mâchouille un choux, violer un poteau de téléphone qui ne m’avait pourtant rien fait, incarner une vieille pantoufle usée par sa vie de débauche, assumer le rôle du premier cheveu blanc banni par ses pairs, etc), répondre à mon désir de jouer, le désir de vouloir connaître toutes ces entités logeant dans l’espace plein. La liberté a un prix à payer et, dans sa quête, notre jugement est notre principal ennemi. Comment l’éliminer si ce n’est qu’en le verbalisant ou en le démasquant afin de lui enlever son pouvoir destructeur; le mettre complètement à nu devant public au service de la création en cours.

Ma grande surprise de cette aventure fut la réponse du public si favorable à ma démarche d’acteur-créateur et quelque temps après, l’article inattendu du journaliste et critique de théâtre Michel Vaïs dans Cahiers de théâtre JEU #103.

Nous vivons à une époque où les gens aspirent à des expériences uniques, authentiques. L’être humain a soif de sensations vraies et nous le constatons par la popularité des films tel que la Matrice ou les Invasions barbares, des réalités shows et des sports extrêmes.

De plus, le fait de voyager dans la CRÉATION EN DIRECT© comme dans un livre, permet au public de stimuler tous leurs sens par le biais de leur propre imaginaire, ce qui n’est pas peu dire dans une société de consommation comme la nôtre car, ici, rien n’est mâché d’avance pour le spectateur.

Je crois fermement qu’il y a une place pour la CRÉATION EN DIRECT© comme expérience théâtrale au Québec, et même au delà.

La CRÉATION EN DIRECT© est un rendez-vous où tous peuvent être présents et en ce moment. En prime: obtenez gratuitement un merveilleux traitement choc avec anti-oxydant pour vaincre la conformité, le confort et l’indifférence!

N.B.: NUL SI DÉCOUVERT


Dernière mise à jour : 2005/06/21